Chanson douce – Leila Slimani

p1090709

Date de parution : 18 août 2016

Éditeur : Gallimard

Nombre de pages : 227p.

Résumé

Lorsque Myriam, mère de deux jeunes enfants, décide malgré les réticences de son mari de reprendre son activité au sein d’un cabinet d’avocats, le couple se met à la recherche d’une nounou. Après un casting sévère, ils engagent Louise, qui conquiert très vite l’affection des enfants et occupe progressivement une place centrale dans le foyer. Peu à peu le piège de la dépendance mutuelle va se refermer, jusqu’au drame.

 

Il est bien ce prix Goncourt ?

Et voici et voilà une énième critique sur le lauréat du Goncourt 2016. C’est le jeu des nominations et des récompenses, une telle mise en avant médiatique crée une exposition supérieure à la moyenne. Bien souvent, le jury de ce prix (copinage mis de côté) ne se trompe pas et c’est pour le plus grand plaisir des lecteurs invétérés que nous sommes.

J’ai découvert Leila Slimani avec son premier roman édité chez Gallimard, Dans le jardin de l’ogre. Une histoire intéressante qui m’avais énormément interpellé et réjouis, comme une sorte d’étendard du renouveau de la littérature contemporaine française. Autant dire qu’en découvrant le nouvel ouvrage de l’auteur avec, en prime, une nomination au plus grand des prix littéraires, je ne pouvais que retenir mon souffle.

Ce qui marque principalement en lisant Leila Slimani, c’est que l’on se demande comment une jeune femme si gracieuse et élégante nous donne à lire des textes si bruts et noircis par la vie. C’est là que l’on trouve tout le talent d’un auteur : nous amené ailleurs, nous faire voyager dans les limbes des possibilités humaines. Chanson douce nous offre à voir une obscurité  nouvelle et nous surprend dès le départ. Histoire de poser le décor, cette ambiance particulière, qui nous suivra tout au long de notre lecture. Dès le début, nous savons que nous allons participer à quelque chose qui ne nous laissera pas indemne.

A plusieurs reprises durant ma lecture, je me suis dit, en parlant du personnage principal, « pourquoi elle fait ça ? » Ou encore « mais non elle ne va pas oser faire ça ? » Toute la force de la narration réside dans cette mise en perspective d’une vie à laquelle nous nous identifions sans le vouloir. En effet, je n’ai jamais souhaité avoir d’atomes crochus avec cette femme et pourtant par des chemins de traverses, je me suis retrouvé dans des situations inconfortables et dérangeantes. Mais nous lisons pour ce genre de sentiment pour être bousculé, pour sortir de nos zones de conforts et ça, Leila Slimani le fait à la perfection.   

Malgré l’inconfort constant qui m’a poursuivi durant les pages, j’ai adoré cette lecture. Goncourt ou pas, rien ne change. Je l’ai lu avant la remise du prix et je me suis retrouvé à souhaiter sa victoire. Telle une campagne présidentielle, j’étais adhérent à cette écriture simple, efficace et forte. Le meilleur a gagné j’en suis sûr !

Rentrée littéraire (2)

Voici une petite sélection de 12 ouvrages pour la rentrée littéraire. 12 ouvrages qui m’ont fait de l’oeil, 12 livres d’auteurs connus mais aussi des premiers romans, 12 bouquins pour préparer cet automne qui arrive en restant bien au chaud… Bref, c’est la rentrée !

Deuxième partie avec cinq premiers romans.

1 – Fils du feu de Guy Boley – Grasset, paru le 25/08/16

Nés sous les feux de la forge où s’attèle leur père, ils étaient Fils du feu, donc fils de roi, destinés à briller. Mais l’un des deux frères décède précocement et laisse derrière lui des parents endeuillés et un frère orphelin. Face à la peine, chacun s’invente sa parade : si le père s’efface dans les vagues de l’ivresse, la mère choisit de faire comme si rien ne s’était passé. Et comment interdire à sa mère de dresser le couvert d’un fantôme rêvé ou de border chaque nuit un lit depuis longtemps vidé ? Pourquoi ne pas plutôt entrer dans cette danse où la gaité renait ? Une fois devenu adulte et peintre confirmé, le narrateur, fils du feu survivant, retrouvera la paix dans les tableaux qu’il crée et raconte à présent. Ainsi nous dévoile-t-il son enfance passée dans une France qu’on croirait de légende, où les hommes forgent encore, les grands-mères dépiautent les grenouilles comme les singes les bananes, et les mères en deuil, pour effacer la mort, prétendent que leurs fils perdus continuent d’exister.

Un ouvrage qui sent la poésie et la force narrative, une superbe découverte en perspective ?

2- Monsieur Origami de Jean-Marc Ceci – Gallimard, paru le 25/08/16

À l’âge de vingt ans, le jeune Kurogiku tombe amoureux d’une femme qu’il n’a fait qu’entrevoir et quitte le Japon pour la retrouver. Arrivé en Toscane, il s’installe dans une ruine isolée où il mènera quarante ans durant une vie d’ermite, adonné à l’art du washi, papier artisanal japonais, dans lequel il plie des origamis. Un jour, Casparo, un jeune horloger, arrive chez Kurogiku, devenu Monsieur Origami. Il a le projet de fabriquer une montre complexe avec toutes les mesures du temps disponibles. Son arrivée bouscule l’apparente tranquillité de Monsieur Origami et le confronte à son passé. Les deux hommes sortiront transformés de cette rencontre. 

J’apprécie toujours les livres parlant de solitude, de tranquillité et d’apprentissage. Avec cette douceur émanant de l’histoire je ne peux qu’être comblé.

3- Lucie ou la vocation de Maëlle Guillaud – Editions Héloïse d’Ormesson, paru le 18/08/16

Lucie est amoureuse. Éperdument. Mais pour imposer celui qu’elle a choisi, elle va devoir se battre. Ne pas céder face à l’incompréhension et à la colère des siens. Malgré les humiliations quotidiennes, les renoncements et l’ascèse, elle résiste et rêve d’absolu. Un jour, pourtant, le sacrifice qu’elle a durement payé est ébranlé par la découverte d’un secret. Le doute s’immisce. S’est-elle fourvoyée ou est-elle victime d’une manipulation ?

Une vie de couvent posant la question de la foi, de la recherche de soi et de la vie religieuse. Un thème pas courant pour une histoire qui s’annonce passionnante ?

4- Je vais m’y mettre de Florent Oiseau – Allary éditions, paru le 25/08/16

Fred, la petite quarantaine, surfe sur l’écume des jours. Après des années à enchaîner jobs alimentaires et périodes de chômage, il a renoncé à faire carrière. Il passe désormais ses journées à dormir, manger des Knacki devant les émissions de Sophie Davant et boire des demis au bistrot du coin en attendant l’amour. Jusqu’au moment où il découvre qu’il arrive en fin de droits, et que ses maigres allocations disparaîtront bientôt. Il n’a plus le choix : il doit s’y mettre. Un emploi salarié ? Il n’en trouvera pas. Mais des ennuis, oui. Fred, par paresse ou naïveté, a une fâcheuse tendance à se laisser glisser dans les embrouilles… De Paris à Malaga, Je vais m’y mettre nous embarque pour une série d’aventures drolatiques en compagnie d’un personnage aussi attachant que désabusé. Une comédie d’aujourd’hui où, derrière les éclats de rire, se dessine le devenir de la génération précaire.

Avec, semble-t-il, beaucoup d’humour, l’auteur traite du parcours d’un « loser » de la société.

5- The Girls de Emma Cline – Quai Voltaire, paru le 25/08/16

Nord de la Californie, fin des années 1960. Evie Boyd, quatorze ans, vit seule avec sa mère. Fille unique et mal dans sa peau, elle n’a que Connie, son amie d’enfance. Lorsqu’une dispute les sépare au début de l’été, Evie se tourne vers un groupe de filles dont la liberté, les tenues débraillées et l’atmosphère d’abandon qui les entoure la fascinent. Elle tombe sous la coupe de Suzanne, l’aînée de cette bande, et se laisse entraîner dans le cercle d’une secte et de son leader charismatique, Russell. Caché dans les collines, leur ranch est aussi étrange que délabré, mais, aux yeux de l’adolescente, il est exotique, électrique, et elle veut à tout prix s’y faire accepter. Tandis qu’elle passe de moins en moins de temps chez sa mère et que son obsession pour Suzanne va grandissant, Evie ne s’aperçoit pas qu’elle s’approche inéluctablement d’une violence impensable. 

Pour terminer, un premier roman américain qui semble très alléchant sur les années 60 et la jeunesse américaine de cette décennie.

Rentrée littéraire (1)

Voici une petite sélection de 12 ouvrages pour la rentrée littéraire. 12 ouvrages qui m’ont fait de l’œil, 12 livres d’auteurs connus mais aussi des premiers romans, 12 bouquins pour préparer cet automne qui arrive en restant bien au chaud… Bref, c’est la rentrée !

Première partie avec les romans français d’auteurs connus.

1 – L’absente de Lionel Duroy – Julliard, paru le 18/08/16

Peu après son divorce, Augustin doit se séparer de sa maison. Bouleversé par le spectacle du déménagement, il s’enfuit en voiture avec pour tout bagage quelques photos, un ordinateur et ses deux vélos, puis se lance dans une course folle à la recherche d’un refuge, butant sur les personnes que le hasard place sur sa route – dont une femme qui le poursuit d’hôtel en hôtel. Revivrait-il le même effondrement psychique que sa mère, expulsée de son bel appartement de Neuilly un demi-siècle plus tôt ? Égaré, furieux et magnifique, Augustin entreprend alors de reconstituer l’histoire de cette femme qu’il a enterrée sans une larme. Au fil de ses rencontres, son regard sur elle commence à changer.
Mené à un train d’enfer, à la manière d’un extravagant road movie, L’Absente redessine l’univers inépuisable que Lionel Duroy explore livre après livre.

Une histoire de road trip à la française qui sent bon la mélancolie et le souvenir.

2- Cannibales de Régis Jauffret – Seuil, paru le 18/08/16

Noémie est une artiste-peintre de vingt-quatre ans. Elle vient de rompre avec un architecte de près de trente ans son aîné avec lequel elle a eu une liaison de quelques mois. Le roman débute par une lettre adressée par Noémie à la mère de cet homme : elle s’y excuse d’avoir rompu. Une correspondance s’amorce alors et s’affermit entre les deux femmes, qui finissent par nouer des liens diaboliques et projeter de se débarrasser du fils et ex-amant. Elles imaginent même de le dévorer cuit à la broche au cours d’un infernal banquet. En réalité, ce roman parle d’amour. Les deux femmes sont des amoureuses passionnées. La vieille dame a appelé son fils du nom du seul homme qu’elle ait jamais aimé, et qui est mort accidentellement avant leur mariage. Noémie, elle, est une « collectionneuse d’histoires d’amour », toujours à la recherche de l’idéal. Au fil des lettres que, de son côté, il échange avec les deux protagonistes, le fils et ex-fiancé exprime toute la passion qu’il éprouve toujours pour Noémie. Un roman d’amour épistolaire, donc, dans la plus belle tradition du genre.

Régis Jauffret reviens avec son style acerbe et froid pour une histoire qui fait déjà froid dans le dos avant d’avoir tourné la première page.

3- Ce mexicain qui venait du Japon et me parlait de l’Auvergne de Jean-Claude Lalumière – Arthaud, à paraître le 07/09/16

« Je débute dans la carrière de voyageur. Quand je parle de destination inconnue, je ne pense pas à la Nouvelle-Zélande, ni à la Mandchourie, encore moins à la Terre de Feu. J’ai bien conscience de mes limites. Je sais que pour durer, il faut démarrer en douceur. Le Luxembourg contenterait mon désir d’exotisme. »Benjamin Lechevalier rêve d’ailleurs. Lorsque se présente l’occasion de quitter sa mère et son île natale d’Oléron, il n’hésite pas une seconde. Il « monte » à Paris, promu au poste de « chargé de l’accroissement du rayonnement extérieur de la Cité de l’Air du temps ». Une chance unique de parcourir le monde et ses contrées lointaines. Hélas entre séminaires d’entreprises et congrès internationaux, Lechevalier enchaîne déconvenues et bévues à un rythme effréné. Ballotté de trains en bus et de chambres d’hôtels minables en salles de réunion sans âme, il ne découvre des voyages que le charme très discret des sous-préfectures et pour seuls frissons ceux de la climatisation déréglée des halls d’aéroports. Doux champion de la gaffe, Lechevalier traîne ses ambitions déçues et ses amours bancales en se cognant, non sans humour, à l’exotisme ensorceleur de voyages très inattendus !

Avec un titre aussi coloré, comment ne pas succomber à cette jolie histoire ?

4- Continuer de Laurent Mavignier – Les Editions de Minuit, paru le 01/09/16

Sibylle, à qui la jeunesse promettait un avenir brillant, a vu sa vie se défaire sous ses yeux. Comment en est-elle arrivée là ? Comment a-t-elle pu laisser passer sa vie sans elle ? Si elle pense avoir tout raté jusqu’à aujourd’hui, elle est décidée à empêcher son fils, Samuel, de sombrer sans rien tenter.
Elle a ce projet fou de partir plusieurs mois avec lui à cheval dans les montagnes du Kirghizistan, afin de sauver ce fils qu’elle perd chaque jour davantage, et pour retrouver, peut-être, le fil de sa propre histoire.

Une histoire de voyage initiatique loin de la France pour renforcer des liens peu à peu rompus.

5- Le Grand Jeu de Céline Minard – Rivages, paru le 17/08/16

Installée dans un refuge high-tech accroché à une paroi d’un massif montagneux, une femme s’isole de ses semblables pour tenter de répondre à une question simple : comment vivre ? Outre la solitude, elle s’impose un entraînement physique et spirituel intense fait de longues marches, d’activités de survie, de slackline, de musique et de la rédaction d’un journal de bord. Saura-t-elle « comment vivre » après s’être mise à l’épreuve de conditions extrêmes, de la nature immuable des temps géologiques, de la brutalité des éléments ? C’est dans l’espoir d’une réponse qu’elle s’est volontairement préparée, qu’elle a tout prévu. Tout, sauf la présence, sur ces montagnes désolées, d’une ermite, surgie de la roche et du vent, qui bouleversera ses plans et changera ses résolutions…

Après une grosse déception avec Faillir être flingué, je trouve le résumé de ce nouveau titre, très alléchant.

6- Les deux pigeons d’Alexandre Postel – Gallimard, paru le 25/08/16

Comme les pigeons de la fable, Théodore et Dorothée s’aiment d’amour tendre. Cela ne les empêche pas de s’interroger : comment se divertir? Se nourrir? Que faire de ces deux corps? À quoi se consacrer? Faut-il «fonder une famille», travailler, «s’indigner»? Comment font les autres? Autant de questions qui surgissent au fil de cette odyssée des manières de vivre.
Roman d’un couple d’aujourd’hui, Les deux pigeons est aussi une peinture de la société française des années 2000 et de la génération qui arrive alors à l’âge adulte. Génération pigeonnée, souvent dénigrée pour son manque de flamme, dont le portrait est ici électrisé par une ironie oblique qui rend les personnages à la fois comiques et formidablement attachants.

Lauréat du prix Goncourt du Premier roman en 2013, l’auteur reviens avec un troisième roman traitant du cœur de la société. Pourvu qu’on ne se fasse pas pigeonner !

7- Chanson douce de Leila Slimani – Gallimard, paru le 18/08/16

Lorsque Myriam, mère de deux jeunes enfants, décide malgré les réticences de son mari de reprendre son activité au sein d’un cabinet d’avocats, le couple se met à la recherche d’une nounou. Après un casting sévère, ils engagent Louise, qui conquiert très vite l’affection des enfants et occupe progressivement une place centrale dans le foyer. Peu à peu le piège de la dépendance mutuelle va se refermer, jusqu’au drame.
À travers la description précise du jeune couple et celle du personnage fascinant et mystérieux de la nounou, c’est notre époque qui se révèle, avec sa conception de l’amour et de l’éducation, des rapports de domination et d’argent, des préjugés de classe ou de culture.

Après le superbe, Dans le jardin de l’ogre, Leila Slimani est de retour avec un roman traitant d’une famille banale qui va connaître beaucoup d’épreuve quotidienne.

Ou sont les femmes? (au bac L)

"Nous aimerions que les grandes écrivaines comme Marguerite Duras (photo), Mme  de Lafayette, Annie Ernaux, Marguerite Yourcenar, Nathalie Sarraute, Simone de Beauvoir, George Sand, Louise Labbé soient aussi régulièrement un objet d'étude pour nos élèves", souligne la pétition.

Bac : des quotas de femmes au programme de littérature ? Une pétition s’étonne de l’absence d’auteurs féminins au programme de littérature du bac L. Najat Vallaud-Belkacem souhaite y remédier. (Modifié le 13/05/2016 à 18:42 – Publié le 13/05/2016 à 06:42 | Le Point.fr)

Et voici une polémique de plus concernant notre très estimée épreuve du Baccalauréat. En effet, cette année, les étudiants de bac littéraire devront plancher sur plusieurs textes, mais aucun n’aura été écrit par une femme.

La question, selon moi, n’est pas de demandé une parité parfaite entre les auteurs hommes et femmes mais bel et bien de laisser une place à toutes ces femmes de lettres. On sait très bien que durant les siècles de littérature qui nous précèdent, les auteurs masculins ont très souvent attiré toute l’attention. Faut-il pour autant oublier les œuvres majeurs écrites par des femmes, les apports de cette littérature pour les droits de la Femme et plus généralement toutes ces grandes dames philosophes, poètes, conteuses… ?

Nous verrons bien l’année prochaine…